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Sunday, May 28, 2006

Major Essay: La Chine et l'Afrique: entre engagement et intérêt

Filed under: Historical analysis
The following essay, written by Marc Aicardi de Saint-Paul (Académie des sciences d’outre-mer) appeared in Géopolitique africaine (2004). It is by far the best historical analysis of China's ties with Africa, as they developed under Mao up until today, and of the geopolitical consequences of this often under-the-radar relationship.
The essay allows us to understand that China's increasing influence on the African continent happens under the sign of continuity.

La Chine et l'Afrique: entre engagement et intérêt
Rien ne prédestinait la Chine à nouer des relations étroites avec l’Afrique : ni la proximité géographique, ni une communauté de culture ou de langue.
Pourtant, comme les Japonais, les Chinois ont eu très tôt des contacts avec les Africains, à l’occasion des expéditions maritimes arabes et européennes portant sur les esclaves noirs. Mais ce n’est qu’à partir de la seconde moitié du XXe siècle que les uns et les autres vont apprendre vraiment à se connaître, à la faveur d’une conjonction d’évènements : arrivée au pouvoir de Mao Tsé-Toung à Pékin en 1949, marche vers l’indépendance des territoires sous tutelle et apparition de la guerre froide. Cela dit, la Chine, tout en s’autoproclamant premier pays en développement du monde et grand défenseur des peuples opprimés, n’a pas été constante dans ses rapports avec l’Afrique, qui ont fluctué au gré de ses intérêts stratégiques.

Les premiers contacts entre les continents asiatique et africain remontent à trois millénaires : au Xe siècle avant notre ère1, l’Égypte commença à commercer avec la Chine. Il fallut cependant attendre le IIe siècle avant Jésus-Christ pour que des relations officielles voient le jour entre les deux pays.

Si les représentants officiels chinois arguent de l’ancienneté de ces liens pour expliquer leur intérêt pour le continent noir, ils passent sous silence la période du IVe au XIVe siècle, pendant laquelle les marchands arabes (et portugais), déversèrent un nombre incalculable d’esclaves noirs sur leur sol. Les Portugais établirent même un centre de distribution d’esclaves à Canton, aux alentours de l’an 300.

L’islam, quant à lui, commença à se répandre en Chine au VIIe siècle, sous la dynastie Sui, au point de constituer la religion de la plus importante communauté étrangère.

Ce n’est qu’au Xe siècle que l’émigration chinoise à destination de la côte Est de l’Afrique se développa vraiment2. Elle provenait essentiellement des provinces méridionales de la Chine (Fujian, Guangdong et Hainan), qui alimentaient près de 90 % de la diaspora.

Pendant la dynastie Ming (1368-1644), de nombreuses expéditions maritimes menèrent les Chinois sur la côte orientale de l’Afrique. De ses voyages, le navigateur Zheng He rapporta girafes et zèbres, qui deviendront le symbole de la chance dans l’Empire du milieu. Mais la participation de la Chine aux grands circuits commerciaux dura peu de temps, pour plusieurs raisons : invasion mandchoue, forte taxation de la production artisanale et marchande, limitation autoritaire de l’émigration.

Cette dernière mesure n’empêcha d’ailleurs pas un déplacement massif de Chinois vers l’océan Indien et les côtes africaines, où ils seront employés dans les mines, les plantations et sur les grands chantiers. En 1865, l’abolition de l’esclavage suscita un regain d’intérêt pour l’utilisation massive de coolies, comme sur le chantier du canal de Suez.

L’époque coloniale et l’affaiblissement de la Chine au plan international réduisirent ces liens millénaires à leur plus simple expression. Il faudra attendre l’accession au pouvoir des communistes à Pékin pour que la Chine s’intéresse à nouveau à l’Afrique.

Bandung et ses conséquences

Le coup de tonnerre de la conférence de Bandung, en Indonésie (18-24 avril 1955), et le séisme qu’il a entraîné sur l’échiquier mondial, va constituer une opportunité pour la Chine d’exposer ses vues sur le non-alignement. Cette réunion de 29 pays « afro-asiatiques » représente pour le nouveau régime communiste une chance de renouer avec le continent africain, tout au moins avec les États indépendants. D’autant qu’à la conférence préparatoire de Bogor, en 1954, l’unanimité ne s’était pas faite pour inviter la Chine de Pékin.

À Bandung, le Premier ministre Chou En-Lai, dans un discours consensuel, loue les mérites des peuples tunisien, marocain et algérien en guerre contre le colonialisme français ; il condamne la discrimination raciale en Union sud-africaine et fait référence à « la lutte du peuple égyptien pour la restauration de sa souveraineté sur le canal de Suez »3.

Pendant les années suivantes, la Chine courtise avec assiduité deux pays d’Afrique du Nord : l’un indépendant, l’Égypte ; l’autre encore département français, l’Algérie. Au lendemain de Bandung, les visites d’officiels égyptiens en Chine se multiplient, entraînant assez rapidement la reconnaissance diplomatique de Pékin, le 16 mai 1956. Ce resserrement des liens arrive à point nommé, puisqu’en juillet 1956, Nasser nationalise le canal de Suez. Pour justifier sa solidarité, la Chine établit un parallèle entre les privilèges consentis à la Compagnie du canal et les « traités inégaux » qui avaient lésé l’Empire du milieu. Elle s’évertue à présenter la position juridique de l’Égypte comme conforme au droit international et manifeste son scepticisme quant à la résolution de la crise par la négociation. Pour elle, la liberté ne peut se gagner que par la force des baïonnettes.

La presse chinoise, qui condamne en termes véhéments les colonialistes français et britannique, adopte tout d’abord une position plus nuancée vis-à-vis des Américains ; mais la condamnation des États-Unis, qui allait devenir le leitmotiv de la politique étrangère chinoise pendant plus de quinze ans, ne tarde pas à apparaître dans les discours officiels.

Le soutien à l’Égypte ne servait pas uniquement les intérêts de la politique étrangère chinoise. Il était aussi un instrument de politique intérieure, puisqu’il permettait au régime communiste de prétendre que les minorités musulmanes présentes en Chine étaient protégées.

Cela dit, la lune de miel entre les dirigeants chinois et Le Caire ne dura pas. Dès 1959, Nasser ne se contenta pas d’attaquer les communistes égyptiens : il s’en prit à l’Union soviétique, qui demeurait encore à cette époque le leader du monde communiste, Chine y compris. Par « solidarité internationaliste », le gouvernement chinois ne pouvait, dans un premier temps, que distendre ses liens avec l’Égypte (alors République arabe unie, ou RAU). Mais cette brouille prit rapidement fin, la Chine ne désirant pas affaiblir l’unité des forces anti-impérialistes4.

Solidarité avec l’Algérie

Les évènements d’Algérie vont donner à la Chine une seconde occasion de revendiquer le rôle de leader du tiers-monde. À plusieurs reprises, les dirigeants chinois avaient manifesté leur appui aux mouvements de libération nationale d’Afrique du Nord. Les attaques verbales chinoises visaient non seulement la France, puissance coloniale, mais aussi l’impérialisme américain, accusé de double jeu. D’une part, les Américains se disaient favorables à l’indépendance de la colonie, comme l’avait illustré le voyage du sénateur John F. Kennedy en Algérie ; d’autre part, ils fournissaient des armes aux Français pour lutter contre la rébellion.

Pendant la période de la lutte armée, les contacts entre le FLN et la Chine s’intensifièrent ; plusieurs représentants du mouvement indépendantiste se déplacèrent à Pékin, où fut d’ailleurs organisée une journée de soutien à l’Algérie, le 30 mars 1958. En mai, la Chine condamnait avec vigueur le bombardement de Sakiet Sidi Youssef en Tunisie, ainsi que les évènements du 13 mai à Alger, considérés comme un « coup d’État fasciste ». Dans ces conditions, il était logique que la Chine reconnaisse officiellement le gouvernement provisoire algérien (GPRA) dirigé par Ferhat Abbas. Elle marquait par là sa différence avec l’Union soviétique qui, à l’instar des Occidentaux, avait adopté une plus grande neutralité vis-à-vis du GPRA et préconisait une solution négociée au conflit.

Cette légitimation du GPRA permit l’accroissement des échanges entre les deux parties : en décembre 1958, Ben Khedda conduisit pendant trois semaines une délégation algérienne en Chine ; quelques mois plus tard, celle-ci organisait une semaine de soutien à l’Algérie. Le régime chinois, qui préconisait la libération des territoires sous tutelle par la lutte armée, a fourni, selon toute vraisemblance, une aide militaire substantielle aux guérilleros algériens. C’est dans cette optique que s’inscrit la rencontre de Krim Belkacem, alors vice-président du GPRA, avec le vice-premier ministre He Long, connu pour ses liens étroits avec l’armée populaire chinoise.

Dans l’affaire algérienne, la Chine a fait évoluer sa position au fil des circonstances. Si, au plan idéologique, elle peut se satisfaire de son issue, l’expérience n’en constitue pas moins un échec pour sa politique : les Algériens ne se sont pas libérés par la force des baïonnettes, ils ont dû négocier avec le colonisateur ; le conflit ne s’est pas internationalisé, contrairement aux espoirs des Chinois ; enfin, si Ferhat Abbas, par pure tactique, avait attaqué la position de l’URSS, le nouveau gouvernement algérien donne la préférence à Moscou au détriment de Pékin. Dès l’accession au pouvoir de Ben Bella, le nouveau régime montrera clairement son inclination en ce sens.
La rivalité sino-soviétique

Pendant les années 1960, la politique africaine de la Chine a été dominée par ses divergences d’opinion avec le « grand frère » communiste. Dés 1946, Mao Tsé-Toung avait dit : « Mon opinion a toujours été que le but principal [de l’impérialisme américain] est d’être le tyran de la « zone intermédiaire » [dont fait partie la Chine] ». À son avis, l’Union soviétique aurait dû encourager les luttes armées anti-impérialistes dans la « zone intermédiaire ». Cette théorie allait à l’encontre de la thèse de Khrouchtchev, qui se faisait l’apôtre de la « coexistence pacifique ».

En outre, contrairement à Mao, les successeurs de Staline estimaient que les mouvements de libération nationale continueraient à provenir de la bourgeoisie nationale, et non du prolétariat regroupé autour du parti communiste : une alliance était nécessaire autour de la « bourgeoisie nationale progressiste ». Les Chinois, qui se souvenaient de leur expérience malheureuse de Front uni avec le Kuomintang (entre 1924 et 1927) étaient d’avis que la révolution devait toujours être conduite par l’avant-garde du prolétariat.

Ces querelles idéologiques se traduisirent par l’apparition de deux mouvances opposées à l’intérieur même du tiers-monde. D’un côté, les Soviétiques accordaient leur faveur aux non-alignés, pour lesquels la préoccupation première était d’éliminer tout risque de guerre entre les États-Unis et l’URSS, les luttes des colonisés contre les colonisateurs passant au deuxième plan. De l’autre, les Chinois privilégiaient le combat des mouvements de libération nationale.

Ces deux conceptions antagonistes se traduisirent au plan politique par deux approches différentes : les Soviétiques étaient favorables à une seconde conférence des non-alignés, du type de celle qui s’était tenue à Belgrade ; les Chinois oeuvraient pour organiser une deuxième conférence de Bandung, réunissant les seuls pays afro-asiatiques et excluant l’URSS. La Chine défendit cette position à la troisième conférence de solidarité des peuples afro-asiatiques (AAPSO), qui se tint à Moshi (Tanganyika) en février 1963. Cette réunion fut aussi l’occasion pour les partisans et les adversaires de la Chine de se compter au sujet du conflit qui opposait militairement cette dernière à l’Inde, leader des non-alignés.

D’autres rencontres, comme la conférence de l’AAPSO qui se tint à Nicosie en septembre 1963, furent le théâtre de cette rivalité fratricide. Finalement, la Chine se retira de cette organisation, de peur que les Soviétiques réussissent à annuler le sommet de Pékin où devait se tenir la cinquième conférence sur la solidarité. À son tour, la Chine réussit, à Djakarta, à bloquer l’invitation des Soviétiques à la seconde conférence des pays afro-asiatiques.

Le voyage de Chou En-Lai en Afrique

C’est dans ce contexte, éminemment conflictuel, que s’inscrivit le long déplacement de Chou En-Lai en Afrique, du 14 décembre 1963 au 4 février 1964. Ce périple mena le premier ministre chinois et son imposante suite dans les dix pays5 avec lesquels la Chine entretenait des relations diplomatiques6. Cette visite du continent africain revêtit une importance doctrinale sans précédent, à tel point que les services de presse chinois regroupèrent tous les discours prononcés à cette occasion sous le titre : « La solidarité afro-asiatique contre l’impérialisme »7.

En Afrique du Nord, plus spécialement en Égypte et en Algérie, la Chine ne réussit pas à rallier les dirigeants arabes à sa cause dans le différend qui l’opposait à la Russie. Nasser fit la sourde oreille lorsqu’il s’agit de prendre position sur une seconde conférence de Bandung ; quant à Ben Bella, il se déclara favorable à la « détente internationale », thème cher à Khrouchtchev. Compte tenu de l’ancrage du royaume chérifien au monde occidental, les espérances chinoises en matière politique étaient réduites. Le roi Mohammed V se déclara tout de même favorable aux « droits légitimes de la Chine aux Nations unies ». Le reste de la visite fut essentiellement consacré aux relations commerciales bilatérales.

Le séjour en Tunisie s’inscrivit dans le même contexte, Bourguiba étant considéré comme le plus pro-occidental des chefs d’États arabes. Chou En-Lai profita de cette escale pour établir des relations diplomatiques avec la Tunisie et obtenir que ce pays se prononce en faveur de la restauration des droits de Pékin à l’Onu.

La visite à Accra permit au premier ministre d’énoncer, au cours d’une conférence de presse, les huit principes qui allaient régir les relations sino-africaines. On retiendra notamment l’égalité entre Chinois et Africains, le respect de la souveraineté des pays receveurs d’aide, l’attribution de celle-ci sous la forme de prêts sans intérêt ou bonifiés, l’aide à l’autosuffisance, le lancement de projets demandant peu d’investissements. Ces principes ne pouvaient qu’être appréciés par les Africains, trop habitués à ce que l’assistance de leurs bailleurs de fonds traditionnels soit assortie de conditions limitant leur souveraineté ou accroissant leur dépendance à leur égard.

Tout en exprimant ses divergences avec les positions soviétiques, Chou En-Lai n’attaqua pas directement son ancien allié. La plupart des chefs d’État africains ne souhaitaient d’ailleurs pas prendre parti sur le sujet, ni choisir entre les non-alignés et les afro-asiatiques.

Par la suite, notamment pendant la révolution culturelle, les Chinois devenus de plus en plus virulents à l’égard des Russes perdront une partie de leur popularité dans le tiers-monde. Leur posture d’attaque systématique du « révisionnisme » soviétique isolera pendant une dizaine d’années (1964-1974) Pékin sur la scène internationale, et en particulier africaine. La Chine continua à entretenir de bonnes relations avec des pays comme le Congo Brazzaville, la Guinée (Conakry), la Zambie , la Tanzanie, Maurice, le Mali et la Somalie, mais s’éloigna de pays proches des Soviétiques ou des Américains : Tunisie, Kenya, République centrafricaine, Dahomey. Fidèle à ses principes, elle continuera cependant à apporter son concours aux mouvements de guérilla en lutte contre le colonialisme et l’apartheid jusqu’à la victoire finale.

Échec en Angola

Pendant les 25 ans qui suivent la révolution culturelle, les rapports entre la Chine et l’Afrique vont évoluer en fonction des intérêts stratégiques chinois, articulés autour de deux grands axes : antisoviétisme et relations avec les États-Unis.

Désireuse d’assurer sa sécurité, la Chine engage, dans les années 1970, une politique de détente vis-à-vis de l’Amérique. Plus pragmatique que par le passé, jouissant d’un prestige accru depuis son admission à l’Onu en 1971, elle replace l’Afrique au centre de sa stratégie planétaire et contre l’URSS sur plusieurs fronts, en relançant sa coopération avec des États en conflit avec des protégés de Moscou8. Ce rapprochement s’assortit d’une assistance économique concentrée sur quelques États, comme le Congo Brazzaville, l’Égypte, la Somalie, le Soudan, la Zambie et surtout la Tanzanie. Pour la seule année 1970, l’aide de la Chine à l’Afrique est globalement supérieure à ce qu’elle avait été pendant toute la décennie précédente10 : 722,5 millions de dollars de prêts sont accordés, dont 400 millions pour le pharaonique projet de chemin de fer Tanzam9, reliant la Tanzanie à la Zambie. En 1972 et 1973, de nouveaux États bénéficient de la manne chinoise : Bénin, Maurice, Madagascar, Nigeria, Rwanda, Togo, Tunisie, Zaïre, Sénégal, Haute Volta et Cameroun11.

Dès leur naissance, la Chine soutient également les mouvements nationalistes anti-portugais en Angola et au Mozambique. Dans ces deux pays, la stratégie chinoise est identique : privilégier la lutte armée par rapport à la négociation, contrer l’Union soviétique partout où cela est possible.

Les premiers contacts de Pékin avec le MPLA remontent à 1960, alors que ce mouvement angolais cherchait, par l’obtention d’une large reconnaissance internationale, à imposer un front anti-portugais à son rival, le FNLA. Si le MPLA était proche de l’Union soviétique et de ses alliés est-européens, ses leaders ne se livrèrent pas moins à une lutte acharnée entre les prosoviétiques, dirigés par Agostinho Neto, et les prochinois conduits par Viriato da Cruz. Ce dernier, qui fut éliminé du mouvement, milita sans succès pour que la Chine retire son aide militaire au MPLA. Au lieu d’arriver directement, elle parviendra aux rebelles par le truchement du « comité de libération » de l’OUA. Neto, qui avait déclaré, pragmatique : « Pour gagner notre indépendance, nous pourrions accepter l’aide… du diable lui-même »12, ne rompit jamais ses relations avec la Chine et fut même reçu à Pékin par Chou En-Lai, en juillet 1971.

Les deux autres mouvements indépendantistes angolais furent eux aussi les récipiendaires de l’assistance militaire chinoise. Le FNLA d’Holden Roberto obtint dès 1963 la plupart de ses armes de la Chine. Il reçut en 1974 450 tonnes de matériel et bénéficia de l’assistance de 125 instructeurs chinois basés au Zaïre. Jonas Savimbi, ancien ministre des affaires étrangères du GRAE (Gouvernement de la République angolaise en exil), créé par le FNLA en 1962, obtint l’aide militaire des Chinois et suivit des cours de guérilla à l’académie militaire de Nankin13. Lorsqu’il quitta le FNLA pour fonder l’Unita, il continua pendant quelques années à profiter de l’aide chinoise, mais celle-ci diminua considérablement à partir de 1970.

En Angola, la politique chinoise d’aide aux trois factions rivales se solda par un échec cuisant, dans la mesure où c’est le MPLA prosoviétique qui l’emporta à Luanda le jour de l’indépendance, en novembre 1975. À partir de cette date, la Chine cessa officiellement de fournir de l’aide aux protagonistes angolais.

Au Mozambique, la Chine soutint les deux mouvements nationalistes qui tentaient de s’affranchir de la tutelle portugaise : le Frelimo et le Coremo. Fondateur du premier, Eduardo Mondlane écrivit après son séjour en Chine, en 1963 : « La lutte historique du peuple chinois est pertinente pour ce qui concerne la lutte actuelle des peuples d’Afrique »14. Comme bon nombre de leaders indépendantistes, il accepta l’aide de toutes les bonnes volontés, y compris des Chinois, qui firent du Frelimo le plus grand bénéficiaire de leurs largesses parmi les mouvements de libération.

Avec la chute de l’empire portugais, l’intérêt que portait la Chine à l’Afrique diminua notablement, de même que son aide au continent noir. Au début des années 1980, Pékin revint à des positions plus tiers-mondistes et prit à nouveau ses distances vis-à-vis de l’Amérique – une nouvelle volte-face qui eut pour conséquence un renouveau d’intérêt pour l’Afrique. Pendant cette période, elle courtisa des pays proches de l’URSS, comme l’Éthiopie et le Lesotho, se rapprocha de pays radicaux comme la Libye et soutint le combat anti- apartheid.

A partir de 1985, la Chine apparut trop préoccupée par ses problèmes de transformation économique pour consacrer trop de temps et de moyens à l’Afrique. Mais ce repli fut de courte durée. En particulier les évènements de Tien An Men (juin 1989), qui suscitèrent la réprobation de l’Occident, l’obligèrent à se mettre en quête de nouveaux soutiens. Cette offensive de charme se traduisit par de nombreuses visites d’officiels chinois sur le continent noir, dont celle du ministre des Affaires étrangères en 1989 et 1992. Mais surtout, avec la fin de la guerre froide, la naissance d’un monde unipolaire et la mutation économique de la Chine, l’Afrique allait revêtir une importance accrue, tant au plan économique que diplomatique.

Complémentarité économique

Les Chinois se plaisent à dire que leur patrie est le plus grand pays en développement du monde et que l’Afrique est le plus vaste continent en développement. À chaque fois qu’ils en ont l’occasion, ils évoquent la complémentarité entre les deux ensembles, gage selon eux d’un avenir commun radieux. La Chine a besoin des matières premières africaines ; en contrepartie, l’Afrique a besoin du savoir-faire, des capitaux et des produits chinois bon marchés et plus adaptés à ses besoins.

De fait l’économie chinoise en pleine croissance risque de s’asphyxier si elle ne trouve pas rapidement à l’étranger d’autres sources d’approvisionnement en énergie et métaux rares. Avec une consommation de pétrole de 5.46 millions de barils/jour en 2003, la Chine s’est située au deuxième rang mondial, juste derrière les États-Unis et devant le Japon. À ce rythme-là, Pékin estime sa consommation à 450 millions de tonnes en 2020, dont 60 % proviendraient d’importations15, puisque la Chine ne recèle que 2.3 % des ressources mondiales de pétrole et 1 % de celles de gaz.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la tournée du président Hu Jintao en Égypte, au Gabon et en Algérie, en janvier et février 2004. L’Algérie coopère avec la Chine dans le domaine des hydrocarbures depuis de nombreuses années. À l’occasion de la visite présidentielle, un accord a été conclu entre la Sonatrach et le groupe chinois CNPC (China National Petroleum Corporation).

Le choix du Gabon comme unique escale en Afrique noire s’explique par un souci de diversifier les sources d’approvisionnement en pétrole et aussi de bénéficier de l’influence du président Omar Bongo pour mieux pénétrer les pays francophones. En contrepartie d’un accord entre la Sinopec et le ministère des hydrocarbures gabonais, le chef de l’État chinois s’est engagé à fournir au Gabon une aide de 1,2 million de dollars et un prêt sans intérêt de 6 millions de dollars.

La visite du président chinois en Egypte s’explique, quant à elle, autant par le rôle de premier plan de ce pays sur la scène africaine que par sa richesse potentielle en gaz naturel. D’autres pays comme le Soudan (où la CNPC chinoise détient 40 % de la Greater Nile Petroleum Operating Company, ou GNPOC)16 ou l’Afrique du Sud sont également courtisés pour leurs richesses minières (joint venture dans le domaine du chrome).

Investissements et commerce en progrès

Parallèlement, la Chine cherche à développer ses investissements dans divers domaines. Entre 2000 et 2003, le nombre d’entreprises chinoises présentes sur le sol africain est passé de 499 à 638, pour des investissements qui ont cru de 660 à 925 millions de dollars17. Ces firmes opèrent aussi bien dans des projets à fort contenu technologique –BTP, pétrochimie, centrales électriques, transports et communications –que dans l’industrie légère, le matériel électrique, le textile et l’agriculture. Au plan de la formation, la Chine s’est engagée, lors de la seconde conférence sino-africaine d’Addis-Abeba, à former 10 000 cadres africains dans les trois prochaines années. Ce programme viendra en complément des échanges traditionnels dans le domaine culturel et éducatif.

Le commerce entre la Chine et l’Afrique a lui aussi fortement augmenté, passant de 10 milliards de dollars en 2000 à 16,64 milliards entre janvier et novembre 200318. Il se caractérise cependant par un déséquilibre en faveur de la Chine, qui exporte en Afrique deux fois et demi plus qu’elle n’importe. Elle vend principalement des textiles, des produits alimentaires, du petit électroménager, des médicaments et du matériel de communication ; elle achète du brut, du bois et divers minerais. Afin de mieux se faire connaître, elle a établi onze centres de promotion des investissements et du commerce sur le sol africain.

À l’évidence, et malgré le souci de se démarquer des autres partenaires économiques de l’Afrique, la Chine ne se comporte pas d’une façon fondamentalement différente de celle des pays développés : elle acquiert surtout des matières premières, vend plutôt des produits finis et cible ses investissements en fonction de ses intérêts stratégiques, dans les pays les plus stables et les plus riches. Mais pour cultiver sa spécificité et son image de « plus grand pays du tiers-monde », peaufinée tout au long des précédentes décennies, elle a instauré une série de conférences sino-africaines périodiques.
Conférences sino-africaines

Désireux de jouer un rôle « global » sur la scène internationale, le Japon avait lancé les conférences de la Ticad dès 199319. Sept ans plus tard, la Chine lui emboîtait le pas. Si la rhétorique fait référence à l’appartenance au même monde (celui des pays pauvres) et au combat commun contre les nantis, les raisons mêmes qui ont présidé au lancement d’un forum sino-africain revêtent une grande similitude.

Encore plus que le Japon, la Chine doit garantir son approvisionnement énergétique. Comme lui, elle a vocation à jouer un rôle de premier plan sur la scène internationale. Susceptible de constituer un contrepoids au pôle américain ou occidental dans les prochaines décennies, elle doit savoir attirer à elle des pays susceptibles de la soutenir diplomatiquement. Enfin, à plus court terme, elle doit rallier un maximum d’Etats dans la rivalité qui l’oppose à Taiwan20.

C’est en ayant ces principes à l’esprit que la Chine a organisé à Pékin, du 10 au 12 octobre 2000, la première conférence du China-Africa Cooperation Forum (CACF) réunissant 45 pays africains, de nombreuses organisations internationales et régionales, ainsi que des représentants du secteur privé. Parmi les personnalités présentes, hormis le président Jiang Zemin, le premier ministre Zhu Rongii et le vice-président Jintao, seuls quatre chefs d’État africains (Eyadema, Bouteflika, Chiluba, Mkapa) et le secrétaire général de l’OUA, Salim Ahmed Salim, s’étaient déplacés.

Cette grand messe se conclut par la publication de deux textes importants : la Déclaration de Pékin et le Programme pour la coopération sino-africaine dans le développement économique et social. Le premier, plus politique, rappelait la vision planétaire de Pékin, d’un monde dans lequel les États africains devraient sortir du sous-développement, en partie grâce à l’aide fraternelle de la Chine. Le second, plus pratique, proposait de promouvoir la coopération Sud/Sud, d’améliorer les relations Nord/Sud par le dialogue, de participer aux affaires internationales sur une base d’égalité et d’établir un partenariat à long terme pour le bénéfice des deux parties, la Chine et l’Afrique.

A l’occasion de cette rencontre, Pékin décida d’annuler une partie de la dette des pays africains, à hauteur de 10 milliards de dollars. Un geste qui fut apprécié à sa juste valeur par le secrétaire général de l’OUA, qui avait d’ailleurs été ambassadeur de Tanzanie en Chine, à la fin des années 196021.

Trois ans plus tard, les 25 et 26 novembre 2003, se tenait à Addis- Abeba le second forum sino-africain, avec une participation un peu plus étoffée : cinq présidents africains, trois vice-présidents, deux premiers ministres, ainsi qu’Alpha Omar Konaré, président de la commission de l’Union africaine. Dans son discours inaugural, le premier ministre chinois Wen Jiabao présenta les quatre principes directeurs de la coopération bilatérale. La Chine s’engage notamment à promouvoir la démocratisation des relations internationales par une consultation intensifiée et appuie le multilatéralisme prôné par l’Afrique ; à relever le pari de la mondialisation par une harmonisation des positions (la Chine s’efforcera de parvenir à une position commune dans les négociations multilatérales sur le commerce mondial) ; enfin à augmenter son aide aux pays africains par le truchement du CACF. À l’issue de cette conférence, un plan d’action 2004-2006 pour la coopération entre les deux parties a été adopté jusqu’à la prochaine conférence sino-africaine, prévue pour 2006.

Au terme de cet examen des rapports qu’ont établis depuis plus de cinquante ans Chinois et Africains, il convient de s’interroger sur leur originalité, ou au contraire sur leur conformisme.

Même lorsqu’elle ne disposait pas d’une politique étrangère autonome vis-à-vis de l’URSS, la Chine a cultivé sa différence en Afrique. Elle a développé le mythe de l’appartenance commune au monde des pays pauvres en lutte contre les oppresseurs colonialistes et néocolonialistes. Elle a réussi a inspirer idéologiquement nombre de mouvements de libération nationale et de pays nouvellement indépendants, et sa coopération a aussi tenté de reproduire en Afrique son modèle de développement particulier.

Cela dit, maintenant que l’Afrique s’est débarrassée de la tutelle européenne, que les clivages idéologiques ont disparu et que la mondialisation s’est accélérée, la relation Chine/Afrique a peu à peu perdu de sa spécificité. Aujourd’hui, la Chine convertie au capitalisme n’a plus vraiment de type original de développement à proposer. Elle se comporte désormais comme n’importe quelle autre puissance soucieuse de ses intérêts bien compris. Elle cible sa coopération sur des pays à fort potentiel, qu’il s’agisse de matières premières, de pouvoir d’achat et d’influence diplomatique.

On peut donc se poser la question de savoir si la cour assidue qu’elle fait à l’Afrique durera. Sans doute, aussi longtemps que la Chine n’aura pas réintégré Taiwan et qu’elle ne trouvera pas d’autres fournisseurs de ressources énergétiques, et personne ne peut prévoir dans quel délai ces deux conditions seront réunies. Toutefois, les ambitions de grande puissance de la Chine demeurant intactes, l’Afrique peut être tentée de parier sur la poursuite d’une relation qui lui permettrait d’échanger son soutien diplomatique dans les instances internationales contre une aide au développement, si minime soit elle.

NOTES

1. « Sino-African Cooperation to Rise to New High », Quotidien du peuple, Pékin, 10/3/2000.

2. Nathalie Hoffmann et Christophe Mabire, Afrique-Asie : vers un nouveau partenariat, CHEAM, Paris 2000, p.81.

3. China and the Asian-African Conference, Foreign Languages Press, 1955, pp.14-15.

4. G. P. Deshparde, United Front Against Imperialism: China’s Foreign Policy in Africa, Samaya Publications, Bombay (Inde), 1986, pp.50-51.

5. Les pays suivants ont été visités : République Arabe Unie (Égypte), du 14 au 21 décembre 1963, Algérie (21-27 décembre), Maroc (27-31 décembre), Tunisie (9-10 janvier 1964), Ghana (11-16 janvier), Mali (16-21 janvier), Guinée (21-26 janvier), Soudan (27-30 janvier), Éthiopie (30 janvier- 1er février), Somalie (1er-4 février).

6. Des relations diplomatiques avaient été établies avec la RAU en mai 1956, avec le Maroc en novembre 1958, avec l’Algérie (GPRA) en décembre 1958 (GPRA), le Soudan en février 1959, la Guinée (Conakry) en octobre 1959, le Ghana en juillet 1960, le Mali en octobre 1960, la Somalie en décembre 1960, la Tunisie en janvier 1963.

7. A Collection of Documents, Speeches and Interviews from the Visits of Chinese Leaders to Thirteen African and Asian Countries, Foreign Languages Press, Pékin, 1964.

8. François Joyaux, La politique extérieure de la Chine populaire, PUF, Collection Que Sais-je ? 1993, pp.41-45.

9. G.P Deshparde, op.cit, p.189.

10. Guy Arnold et Ruth Weiss, Strategic Highways of Africa, Julian Friedmann Publishers, 1977, pp.115-128; et Marc Aicardi de Saint-Paul, « Les transports en Afrique australe », Afrique contemporaine, Paris, pp.8-10.

11. G.P Deshparde, op.cit, pp.190-193.

12. Basil Davidson, « Arms and the Portuguese », Africa Report, New York, Vol.5, N°5, mai 1970.

13. Fred Bridgland , Jonas Savimbi, a Key to Africa, The Story Behind the Battle for Angola, Paragon House Publishers, New York, 1987.

14. Thomas H Henriksen, « Marxism and Mozambique », African Affairs, Vol. 77, N°309, octobre 1978, p.443.

15. Pierre de Vilmorin, « Le shoping pétrolier de la Chine en Afrique », Le Monde, 4 février 2 004.

16. Joshua Eisenman et Joshua Rogin, « China Must Play by the Rules in oil-rich Sudan », The Strait Times Interactive, 21 juillet 2003.

17. Zan Jifang, « Go to Africa», Beijing Review, 24 juillet 2003, p.45. et discours du vice-ministre du commerce Yu Guangzhou sur l’accroissement des liens économiques avec l’Afrique, New China News Agency, Pékin, 23 janvier 2004, 0642 GMT.

18- Ibidem.

19. Marc Aicardi de Saint-Paul, Le Japon et l’Afrique : genèse d’une relation atypique, CHEAM, La Documentation française, Paris, 1999 et « Les ambitions africaines du Japon », Géopolitique africaine, N°6, mai 2002, pp.97-105.

20. Sur la rivalité entre Pékin et Taipeh et sur la politique de Taiwan à l’égard de l’Afrique, voir Marc Aicardi de Saint-Paul, « Le Japon, Taiwan et l’Afrique du Sud », Afrique contemporaine, Dossier spécial Afrique-Asie, N°176, octobre-décembre 1995, pp.42-58 ; et Chun-Lian Jiang, « Pékin et Taipeh : les enjeux africains », Géopolitique africaine, N°10, avril 2003, pp.239-254.

21. « OUA Chief Calls for Expansion of Sino-African Cooperation », Quotidien du peuple, 12 octobre 2000.
22. Le quotidien du peuple, 17 décembre 2003.

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